Texte

Textes

Texte critique de Ian Simms et Edouard Monet, commissaires de l’exposition La Relève.

« Le problème n’est pas de savoir quoi peindre, mais comment peindre. » Cette citation de Robert Ryman aura sans nul doute influencé le travail que réalise Florian Bruno, au même titre d’ailleurs que les propos formulés par les principaux peintres associés de près ou de loin à la peinture abstraite d’obédience géométrique ou objective, et plus encore à la forme du monochrome, à laquelle il voue une fascination non dissimulée. Si pour lui « peindre est d’abord une action de recouvrement d’une surface à l’aide d’un mélange constitué de liant et de pigment », le monochrome représente sans doute le comble de la réflexivité en peinture, l’expression même de la radicalité, la porte ouverte à des subtilités inédites tout autant qu’analytiques. Récemment, en parlant de son travail, il citait volontiers Torie Begg et sa série de tableaux regroupés sous l’intitulé « Apparently Monochrome ». De fait, la peinture de Florian s’inscrit dans une tradition picturale qu’on pourrait qualifier de « processuelle », alors qu’elle est paradoxalement fondée sur un protocole, voire un programme, qui présuppose l’organisation préalable des actions à accomplir, prévoit l’ordre des gestes à exécuter, aux fins d’éviter les mauvaises surprises.

Par exemple, les trois oeuvres présentées dans le cadre de cette exposition sont fondées sur l’usage des couleurs primaires qui, appliquées alternativement et successivement les unes sur les autres chacune à dix reprises, ce qui représente trente couches au total, sont censés aboutir à une forme de saturation apparently black. Mais en définitive, les formes générées ne sont pas si austères à force d’être « abymées ». L’une révèle littéralement le projet de l’artiste sous le judicieux intitulé Origine. L’autre, la tout aussi bien nommée (Origine), fait plutôt figure d’avatar en qu’elle est la réserve, l’entre parenthèse, la résultante accidentelle de la première. La troisième, lyriquement titré 30 couches, qui consiste en l’alignement de trente petits formats de dix par dix traduisant chacune des phases du processus en est la démonstration, ou d’une certaine façon le mode d’emploi présenté linéairement.

 

biennale1

catalogue skopje